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Prix Lumière 2010
Visconti
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La part de l'ombre

 


Extrait de "Visconti - Une Vie exposée" - Gallimard (édition augmentée) de Laurence Schifano. Laurence Schifano, biographe de Luchino Visconti, sera présente à Lumière 2010

 

 

(...) "Etait-il décadent? Pas que je puisse en témoigner. Homosexuel? Je n'ai jamais fait la lumière là-dessus, mais on supposait toujours qu'il l'était. Cruel? Parfois. Et arrogant? Oui, vraiment. Gentil? Souvent. Généreux? Très. Amusant? A vrai dire, je ne pense pas qu'il l'était. Il est rare que je l'aie entendu rire. A peine un vague sourire, un sourcil levé. Quelques fois, et d'habitude avec un bon cuisinier, car il avait la passion de la cuisine, je l'entendais éclater de rire, et ensuite parler rapidement dans je ne sais quel dialecte utilisé par le cuisinier. Mais je pense que je n'ai jamais connu personne, dans le monde du cinéma qui pût comme lui parler de Klimt et de Karajan, de Proust et de Peanuts, de Mozart et de Mantovani (il adorait les festivals de l'Eurovision), ou de la Duse et de Doris Day.
Après son attaque, je fus autorisé à le voir dans la villa de Cernobbio. Dix minutes. Pas plus...
L'allée qui montait était éclairée par un alignement de figures qui tenaient de hauts flambeaux éclatants de lumière. Il était assis dans un fauteuil roulant, enveloppé dans un plaid, petit, presque ratatiné, lion réduit à la taille d'un lévrier estropié. Je l'embrassai et il prit ma main dans celle qui était encore valide. Je passai deux heures auprès de lui tandis que des valets portaient de grands albums remplis des photographies de son dernier grand film historique, Ludwig. A l'instant il se ranima, alerte, gagné par l'excitation à mesure qu'il tournait les pages (1)."

A maints égards un tel souvenir, une telle scène remémorée à la fin des années 1980, par Dirk Bogarde, l'acteur des Damnés et de Mort à Venise, en dit plus qu'un long discours sur le tragique d'un vie et d'un déclin, sur la manière dont l'anachronique étrangeté d'un décor fixe l'éclat légendaire d'une destinée quasi princière en plein XXème siècle, sur les fastes du monde d'hier auxquels on continue d'associer l'énigmatique personnage du comte Luchino Visconti di Modrone et sur sa passion de créer. Grande reste aujourd'hui la tentation, pour l'humaniser, de redimensionner le modèle, de le voir "dans une cuisine", comme Serge Daney suggère bizarement qu'il a filmé la scène de couronnement de Ludwig? Trop près? Trop bas? Ou tentation inverse, de e voir - trop loin? - à travers le personnage le plus spectaculaire qu'il ait porté à l'écran : Ludwig, encore... Son scénariste Enrico Medioli, qui est à l'origine du film, est formel : " Il l'a toujours nié. Mais ce n'est pas vrai : Ludwig révèle quelque chose qui le concernait de près (...) : son appétit de vivre, sa gourmandise, son humour, les côtés très joyeux et aussi les moments de grande hypocondrie où personne ne le voyait, car alors il se cachait (2)."

D'une biographie on peut idéalement attendre qu'elle prenne la bonne distance; non seulement qu'elle soit pleine de détails vrais, mais qu'elle aille voir derrière les images, qu'elle éclaire les zones d'ombres, qu'elle perce les secrets s'il y en a - ce "misérable petit tas de secrets" à quoi Malraux réduisait avec un certain mépris les visées biographiques et autobiographiques -, qu'elle ne néglige pas les fonds, les arrière-plans pour y situer et y suivre un homme vivant. Arrière-plan historique, arrière-plan culturel, les deux ici intensément présents, de sorte qu'il y a une nécessité à insérer le personnage sur ce fon très vaste, et aux perspectives lointaines, à la mesure de son champ de vision. " Quelques grands cinéastes comme Eisenstein ou Visconti, a remarqué Jean-Louis Leutrat, travaillent le fond culturel comme une préparation colorée. Le cinéma s'enlève sur une tradition (3)." De tels artistes, il faut aussi saisir le regard et interroger le geste créateur, sans les séparer des circonstances et de la vie. Les critiques peuvent bien décider pour un temps de l'anachronisme ou de l'actualité d'une oeuvre. Mieux vaut chercher la flamme et la profondeur du vivant hors des verdicts du moment; on les trouvera chez des artistes qui voient précisement au-delà du pur présent, les blessures qu'elle fait affleurer. Peut-être le parfait ou imparfait miroir de l'oeuvre accomplie, ou en train de s'accomplir, est-il le seul capable de révéler, sous la multiplicité apparente des accidents qui la composent, a dynamique et la forme d'une vie.

(...)




(1) Dirk Bogarde, "The mountain and the magician", Daily Telegraph, 24 décembre 1990, repris in For the time being, Collected Journalism, Londres, Viking, 1998.
(2) Entretien avec Enrico Medioli, Rome, 7 mai 2007
(3) Jean-Louis Leutrat, Echos d'Ivan le Terrible. L'éclat de l'art, les foudres du pouvoir, Bruxelles, de Boeck, 2006

Extrait de l'édition augmentée de Laurence Schifano (biographe de Luchino Visconti) - "Une Vie exposée" - Gallimard

 

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Laurence Schifano présentera des films de Luchino Visconti


Samedi 9 octobre

Cinéma Opéra / Lyon 1er
14h30 La Terre tremble de Luchino Visconti
présenté par Laurence Schifano, biographe de Luchino Visconti

Cinéma Comœdia
13h30 Ludwig ou le crépuscule des dieux de Luchino Visconti
présenté par Laurence Schifano, biographe de Luchino Visconti

 

 

Les films de Luchino Visconti présentés à Lumière 2010 : fiches films et séances avec invités :

• Les Amants diaboliques (Ossessione, 1943, 2h20)
• La Terre tremble (La terra trema, 1948, 2h40)
• Bellissima (Bellissima, 1951, 1h54)
• Senso (Senso, 1954, 1h55)
• Les Nuits blanches (Le notti bianche, 1957, 1h47)
• Rocco et ses frères (Rocco e i suoi fratelli, 1960, 2h45)
• Le Guépard (Il gattopardo, 1963, 3h05)
• Sandra (Vaghe stelle dell’Orsa…, 1965, 1h45)
• L’Etranger (Lo straniero, 1967, 1h45)
• Les Damnés (La caduta degli dei, 1969, 2h35)
• Mort à Venise (Morte a Venezia, 1971, 2h10)
• Ludwig ou le crépuscule des dieux (Ludwig, 1973, 3h58)
• L’Innocent de Luchino Visconti (L’innocente, 1976, 2h03)
Documentaire :
• Luchino Visconti, le chemin de la recherche de Giorgio Treves (2010, 53min)


 

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