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Andrzej Zulawski, à propos de Roma de Fellini

 

 


Andrzej Zulawski était présent à Lumière 2010 le 09.10.2010 pour présenter l’un de ses films préférés, Roma de Federico Fellini dans la section « Best of restauration ».

 


« Je n'ai jamais rencontré Fellini, j’ai eu une longue amitié avec Visconti, j’ai rencontré Antonioni et d’autres réalisateurs italiens… Quelque part  c’est peut être bien ainsi car Fellini c’est quelqu’un qui pratiquait l’art de mentir, qui ne disais jamais la vérité. Il pensait qu’il faut tromper tout le monde, de ses producteurs jusqu’à ses interlocuteur mais cependant jamais les spectateurs.

Roma est un film véritablement important pour moi parce qu’en 1972 il s’agissait d’années charnières pour l’histoire du cinéma européen. Nous étions à vivre encore avec les relents du néoréalisme italien qui continuait un cinéma social (qui a abouti par la suite au cinéma de Pietro Germi par ailleurs) et c’était un moment étrange où Fellini a été un grand ouvreur de porte. Quand tout le monde se cantonnait  à des choses fermées, des scénarii avec un début, un milieu et une fin, Fellini était un « oseur » si je puis dire, il se permettait de ne pas raconter les choses dans un ordre. Fellini à risqué le tout pour le tout, le rêve éveillé. Pourtant sa folie de metteur en scène était ancrée dans une réalité. Rien n’est faux.

 

 

Il y a une séquence magnifique de Roma où Fellini roule en voiture avec une équipe de tournage, une camera sur une espèce de morceau d’autoroute à Rome. Il pleut de plus en plus, l’eau devient maronnasse, éclabousse tout le monde et il observe des gens, des choses  à travers les vitres mouillées de la voiture. Comment a-t-il fait ? Il a tourne à Cineccittà (pour parler français, il a tourné à Boulogne Billancourt). Il s’est construit cinq cents mètres d’asphalte et au lieu d’embêter tout le monde sur une véritable autoroute, il a filmé cela avec les moyens du cinéma. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque tout les trucages numériques, les fausses images, n’existaient pas. Ou bien vous tourniez véritablement ou vous ne tourniez pas du tout. Il a eu le talent de proposer cela a une producteur qui, complètement fou par la grâce de Fellini, a dit "oui". C’est une scène extraordinaire et ce qui me touche, c’est qu’il s’agit de cinéma.

 

 

La force de l’image avec le son (Fellini faisait la bande sonore du film avant que ce dernier ne soit véritablement fini) correspond au pur plaisir de voir un cinéma sans commentaire, un cinéma pur, véritablement l’image pour l’image, c’est terriblement important.Une dernière remarque : ce qui paraissait utile à Fellini au titre de commentaires sur la vie moderne dans ses films, est certainement ce qui a le plus vieilli. Lorsqu’il montre par exemple des « enfants-fleurs » dans Roma sur les marches de la place d’Espagne à Rome, cela marche moins bien que le reste.  Je trouve que cela relève d’une réflexion globale sur le cinéma : qu’est-ce qui fonctionne le mieux ? Ce qui est moderne ou bien le souvenir ? »

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