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Dear Claudia

 


Rencontre avec la grande actrice italienne Claudia Cardinale, le jour de la séance de clôture du festival Lumière à la Halle Tony Garnier, avant la projection du film Le Guépard de Luchino Visconti, le 10.10.2010.

 

 

 

Nous avons été réunis autour des films de Luchino Visconti à l’occasion de cette édition du festival 2010. Quelle est votre impression ?
Claudia Cardinale : Extra ! L’an dernier déjà j’étais là pour Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone et là, j’ai revu Sandra de Visconti, un film que Luchino avait écrit exprès pour moi. C’est un personnage incroyable avec Jean Sorel qui est absolument extraordinaire.

 

C’est un film assez sombre aussi …
C. C. : Ah oui, d’ailleurs quand il est sorti, il a fait scandale !

 

A cause de l’histoire d’inceste ?
C. C. : Oui, c’était vraiment l’histoire d’inceste, Electre, l’histoire d’amour entre frère et sœur…

 

Comment était Luchino Visconti avec vous, il était particulièrement attentionné, n’est-ce pas ?
C. C. : Oh oui ! Moi j’ai eu de la veine. Quand je suis arrivé de Tunis, on m’avait donné un prix, j’étais invitée au Festival de Venise et le premier film que j’ai vu là c’était Les Nuits Blanches de Visconti. Donc c'était le destin ! Et ensuite Visconti m’a voulue pour Rocco et ses frères, puis pour Le Guépard, puis pour Sandra et aussi pour une sorte de caméo dans Violence et Passion avec Burt Lancaster. Mais j’ai eu un rapport avec Luchino extraordinaire. Bon, on habitait un peu la même rue à Rome, donc on se voyait très souvent. On voyageait aussi très souvent ensemble et puis il me couvrait de cadeaux, ça c’est vrai.

 

 

Dans Violence et passion, on dit que vous interprétez une résurgence de la mère de Luchino Visconti…
Absolument ! Il m’a voulu à tout prix pour que je fasse sa mère.

 

Est-ce qu’il projetait quelque chose en particulier sur vous ?
C. C. : Je sais que depuis le début il me disait « n’oublies pas, Claudia, que les yeux doivent dire ce que la bouche ne dit pas » et vice versa. C’est pourquoi j’avais toujours les yeux comme cela (elle mime un regard, les yeux fixes et intenses, le visage légèrement vers le bas), toujours avec une ride, d’ailleurs la ride elle est née là… Et puis il me disait toujours « rappelles-toi quand tu rentres quelque part, tu dois prendre possession du sol. » C’est incroyable.

 

Quel instant particulier vous gardez en mémoire du tournage du Guépard ?
C. C. : C’était théâtral, on répétait autour d’une table comme au théâtre. Le truc incroyable c’est que moi je tournais un mois avec Luchino Visconti et même temps je tournai avec Fellini Huit et demi où il n’y avait pas de scénario, c’était l’improvisation totale ! Donc les deux extrêmes. L’un me voulait brune, l’autre me voulait blonde ! Et j’avais des cheveux jusque là (elle montre ses hanches) et j’étais obligé de les teindre tous les mois.

 

 

Et votre rencontre avec Alain Delon ?
C. C. : Alain dit qu’il m’avait déjà rencontré lorsque j’étais invitée au festival de Venise la première fois. Lorsque l’on s’est rencontré sur le tournage de Rocco, il m’a dit « on s’est déjà vu ». J’ai dit « non » et lui : « si, nous nous sommes croisés sur une gondole à Venise en 1957» !

 

C’est sur le tournage de Rocco et ses frères que vous avez pris conscience combien Luchino Visconti vous avait vraiment remarqué…
Oui, lorsque nous tournions la scène de bagarre après le match de boxe, tout d’un coup j’entends Luchino avec le mégaphone qui hurle : « Ne me tuez pas la Cardinale ! »


 

Qu’est-ce que vous auriez envie de nous dire aujourd’hui du cinéma de Luchino Visconti ?
C. C. : Ca été le tournant de ma carrière. Avec lui tout, même les gestes, était préparé. Il n’y avait pas de place à l’improvisation. C’était un metteur en scène qui t’expliquait tout ce qu’il voulait. Le premier jour de la scène de bal où je joue avec Burt a été terrible ! Burt avait mal au genou et soudain Luchino me dit (il me parlait toujours en français) : « Viens Claudine, quand Monsieur Lancaster sera prêt, on retournera. ». Moi j’étais toute rouge, de toutes les couleurs, j’avais un peu honte. Luchino avait voulu tout de suite faire comprendre à Burt Lancaster qu’il n’était pas la star qui commandait, mais que c’était lui, Visconti, le maître du plateau.

 

Vous avez eu de bons rapports avec Burt Lancaster ?
C. C. : Oui, j’ai fait d’autres films aussi avec lui, par exemple The Professionals de Richard Brooks (1966). Burt était un homme du cirque, quand on était sur un plateau, il grimpait partout, sur les échafaudages !

 

 

Est-ce que vous pouvez nous dire un mot du livre "Dear Sandra" d’Atom Egoyan qui vous est consacré et qui été présenté lors du festival ?
C. C. : C’est incroyable, je ne le connaissais même pas, on ne s’était jamais rencontré et quand il a sorti son livre, il me l’a envoyé à Paris ! Toutes les questions qu’il me pose… c’est extraordinaire. C’est une œuvre d’art je trouve. Ensuite on s’est rencontré pour la première fois en Arménie à un festival, lui est arménien d’origine, puis on s’est revu au Colorado à un autre festival, il était là aussi. Mais cela m’a vraiment étonné de voir ce livre qu’il a écrit sur moi.

 

A l’intérieur il y a des photos superbes retrouvées du tournage de Sandra. Cela a du vous faire beaucoup d’émotions …
C. C. : Oui, des photos dans les archives, je ne sais pas comment il fait !  C’est incroyable ! Surtout pour moi, parce que Luchino était vraiment très important.

 

Sur le site internet du festival, il y a une lettre de Pier Paolo Pasolini à propos du film Les Damnés de Luchino Visconti. Vous étiez aussi très proche de Pier Paolo Pasolini. Quels rapports pouvaient-il y avoir entre ces deux cinéastes ?
C. C. : C’est incroyable parce que d’abord Pasolini a été celui qui a écrit ma première critique quand je suis arrivé en Italie. C’était pour un film avec Pietro Germi et Jean-Paul Belmondo, La Viaccia de Mauro Bolognini. Pasolini a écrit tout un papier sur mon regard. Et après il a participé au à l’écriture du film Le Bel Antonio avec Marcello Mastroianni. En plus Pasolini était très lié à Alberto Moravia. Et Alberto Moravia à été le premier à écrire un livre sur moi, avant Le Guépard. Ensuite j’ai tourné dans le film adapté du premier livre de Moravia quand il avait vingt ans, Les Indifférents.
Pasolini avait beaucoup de points communs avec Visconti. Si Visconti était un noble, il était aussi de gauche comme Pasolini. Pasolini lui aussi a eu beaucoup de problèmes politiques, tous les deux avaient pas mal de problèmes à cette époque là…

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