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Jean-Louis Trintignant :
Une journée bien remplie

 

 

L’immense acteur français Jean-Louis Trintignant était invité à Lumière 2010 le 6.10.2010 pour présenter l’un de ses deux films en tant que réalisateurs. C’est devant un public conquis et avec beaucoup d’émotion qu’il s’est remémoré ses ambitions de cinéaste : 

 

 « Je suis très honoré d’être ici et qu’on présente un film de moi en tant que réalisateur. Une Journée bien remplie a été tourné en 1972, il n’a eu aucun succès et  je l'ai beaucoup aimé.

 


Au départ, en même temps que j’étais inscrit dans un cours de théâtre, j’étais inscrit dans une école de cinéma. J’étais un provincial, j’habitais en Provence puis je suis allé à Paris pour faire l’IDHEC. J’ai fait mes trois ans et en parallèle j’étais aussi élève comédien. Et puis j’ai joué. Mais j’ai  toujours eu envie de faire du cinéma comme metteur en scène. Un jour j’ai rencontré un producteur alors que je tournai un film. Je lui ai parlé du scénario. Il m’a dit : « vous savez, si vous voulez, je vous produis ». C’est ainsi qu’est né Une Journée bien remplie.

C’est un petit film mais en même temps, un film très ambitieux. Comme je venais du métier d’acteur, il m’aurait été peut être plus facile de faire un film psychologique mais je voulais faire un film technique. Il y a beaucoup de technique dans le film, il ne tourne jamais à 24 images par seconde, parfois il va un peu plus vite, parfois un peu plus lentement. C’est possible car c’est un film pratiquement sans dialogue, presque muet. J’étais à ce moment là - c’est un peu prétentieux - influencé par le Nouveau Roman. C’était avant la suppression de la peine de mort et je voulais apporter une petite pierre à cette idée qui a été surtout défendue par Robert Badinter qui était ministre de la justice sous Mitterrand. Cela ne se voit peut-être pas beaucoup. J’ai été aussi influencé par la tragédie classique, avec une unité d’action, de temps, de lieu. Voilà j’avais des principes comme cela.

 

 


La première fois que le film a été présenté à Paris j’étais très curieux et angoissé à l’idée de savoir comment il serait reçu. J’avais repéré un petit couple qui m’apparaissait sympathique, il y avait une place à coté d’eux. Alors quand ce fut le noir, je suis allé m’asseoir à cote d’eux et je guettais leurs réactions. Au bout d’un moment le type s’est retourné vers sa femme et il lui dit : « comment tu trouves ? ». Sa femme lui dit : « je trouve ça bête » et lui il lui répond : « Cela me fait plaisir parce que moi aussi je trouve cela bête » (rires de la salle). En tous cas après le film, si quelqu’un veut me poser des questions, cela me ferait plaisir. »

 

 

Bertrand Tavernier : « Je voudrais dire tout d’abord  que des films de comédiens, il y en a des nuls ! Je défie quiconque de regarder jusqu’au bout Adrien de Fernandel ! Ce que je trouve formidable dans Une journée bien remplie, c’est l’originalité du ton de la narration, l’absence de dialogue, une ironie presque anglo-saxonne plutôt que française dirigée vis a vis des personnages, un ton qui pourrait s’apparenter à celui de Noblesse oblige, beaucoup plus noir qu’il ne paraissait. »

 

Jean-Louis Trintignant : « J’ai fait un deuxième film qui n’a pas marché non plus (rires de la salle) mais maintenant que je vieilli j’adore être acteur et j’ai un peu abandonné l’idée d’être metteur en scène. En fait je sais ce qu’il me manquait, un peu d’autorité, je ne sais pas dire « je veux ça ». Alors je disais « j’aimerais bien » (rires de la salle), et les techniciens disaient « mais il est con celui-là, il ne sait pas ce qu’il veut ! » (rires) 
Je dirigeais les acteurs mais comme Jacques Dufilho, ils apportaient tellement plus de choses que ce que je demandais. Dufilho était de droite (rires de la salle) mais très généreux.
Un dernier mot : je suis très sensible que le film ait été invité ici.  Je me dis que je n’ai peut-être pas eu tort de le faire. Quand le film n’a pas marché, je me suis dit « qu’est ce que je viens faire dans ce métier ?». Maintenant, ne serait ce que pour cette représentation, je ne regrette pas. »



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