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Vol au-dessus d’un nid de coucou

 

de Milos Forman

 

 

Le Prix Lumière 2010 remis à Milos Forman sera accompagné d’une rétrospective de ses films. L’un des chefs-d’œuvre les plus accomplis du cinéaste tchèque : son deuxième film américain avec Jack Nicholson, Vol au-dessus d’un nid de coucou, sera présenté en copie neuve restaurée.


 

Vol au-dessus d'un nid de coucou
  Jack Nicholson (Mc Murphy) dans Vol au-dessus
d’un nid de coucou
Milos Forman reçois un jour un paquet posté de Californie contenant un livre : Vol au-dessus d’un nid de coucou (cuckoo » signifie tantôt le fou ou le coucou) de Ken Kesey inspiré de sa propre expérience. Le narrateur est un vieil Indien appelé le Chef qui se fait passer pour sourd muet dans un asile de fous. Il observe McMurphy, un nouvel arrivant à la personnalité charismatique qui défie la chef infirmière puritaine, Ratched, qui fait régner l’ordre à coups de drogues et d’électrochocs ; Mc Murphy prend sous son aile Billy Bibbit, un jeune bègue sexuellement inhibé et organise un "rendez-vous" particulier pour faire de lui un homme. L’infirmière Ratched, furieuse, entreprend des représailles à l’encontre de McMurphy.

Milos Forman est séduit par le livre et voit avant tout pour lui la possibilité de traiter un thème cher : le conflit entre l’individu et l’institution est le sujet récurrent de sa filmographie (qui l’occupera de manière exemplaire dans Hair, tout de suite après Vol au-dessus d’un nid de coucou).

La particularité de Vol au-dessus d’un nid de coucou est évidemment le contexte décrit,  l’hôpital psychiatrique que la société refoule et ne veut pas voir. Surtout Milos Forman veut dénoncer combien ce type d’institution pousse à un forme de dépendance pour se perpétuer elle-même et combien les personnalités rebelles sont pour elle une véritable menace. Ainsi le personnage de McMurphy est-il symbolique de cette thèse iconoclaste et perturbante qu’il défend.

Le cinéaste rencontre deux producteurs Michael Douglas (le fils de Kirk Douglas qui n’avait pas encore commencé réellement sa carrière d’acteur) et Saul Zaentz qui sont emballés à produire le film pour une somme relativement restreinte, 2 millions de dollars.

Anecdote incroyable, quelques années auparavant le livre de Ken Kesey fut envoyé à Milos Forman par Kirk Douglas mais le courrier n’est jamais arrivé se perdant dans les méandres de la poste. Kirk Douglas qui est furieux contre Milos Forman pour n’avoir jamais obtenu de réponse et s’explique avec lui à l’occasion du projet à présent réanimé. Kirk Douglas a tenté pendant dix ans d’intéresser l’un des grands studios pour monter ce projet. L’acteur avait finalement abandonné en cédant les droits du livre à son fils. Le destin voulu des années plus tard que Milos Forman soit encore de la partie.

Comme à son habitude Milos Forman prépare Vol au-dessus d’un nid de coucou avec une attention scrupuleuse de la distribution des rôles ; Il admet à ce sujet :

Milos Forman
Milos Forman
« Quand je prépare un film et travaille à la distribution des rôles, je ne vois plus le monde avec les mêmes yeux. Je ne peux plus poster une lettre sans imaginer l’employé des postes dans un petit rôle. Cette obsession s’apaise quand je passe aux autres étapes de la production, mais ne me quitte jamais tout à fait. »


Pour la première fois de sa carrière avec Vol au-dessus d’un nid de coucou (qui est le cinquième film du cinéaste et sa deuxième réalisation américaine après Taking Off (1971), Milos Forman bénéficie d’acteurs professionnels dans les rôles principaux et les seconds rôles. Il sait surtout qu’il lui faudra "une grosse pointure" pour assumer le personnage de McMurphy et pense assez vite à Jack Nicholson, qui avait marqué l’écran avec  Easy Rider, de Dennis Hopper (1969), Carnal Knowledge de Mike Nichols (Ce plaisir qu'on dit charnel - 1971) ou Chinatown de Roman Polanski (1974).

Vol au-dessus d'un nid de coucou
 Jack Nicholson (Mc Murphy) et Will Sampson
(Bromden, le géant indien)
L’arrivée de Jack Nicholson a pour conséquence de multiplier le budget du film par deux. L’acteur accepte le rôle immédiatement. Nouveau hasard, il avait lui aussi essayé d’obtenir les droits du livre de Ken Kesey avant d'être "coiffé sur le poteau" par Michael Douglas.

Milos Forman sait qu’il ne s’est pas trompé dans le choix de Jack Nicholson et ce, bien avant Shining de Stanley Kubrick. Il voit très précisément la démesure de Jack Nicholson mais également sa grande finesse, des qualités complémentaires qui sont idoines pour répondre aux questions soulevées dans le film : l’expérience cinématographique de la folie, l’impuissance du verbe liée à la raison et la déraison, les explosions des mots et les expressions du corps seront les enjeux d’un dosage effectivement savant.

Cette intuition qu'il a de l’acteur, Milos Forman la décrit ainsi :

« Lors d’une première séance, je me borne à noter la présence physique de l’acteur ou de l’actrice – c’est un bref coup d’œil, une perception intuitive, mais cette première impression compte beaucoup  car elle m’indique, de manière assez sûre, comment les spectateurs percevront eux-mêmes cette personne. L’étape suivante est l’entretien. Je discute un moment avec le candidat, pas plus de cinq minutes ou dix minutes, pour apprécier sa façon de parler, ses attitudes, et commencer à cerner sa personnalité. Si je sens en lui quelque chose du personnage, je lui propose de revenir pour lire une scène avec moi. »

Autre prouesse, Milos Forman découvre Louise Fletcher pour tenir le rôle de l’infirmière Ratched.

Louise Fletcher
Louise Fletcher incarne l'intrinsigeante infirmière Ratched
« Dans le livre, elle est décrite comme une harpie rabat-joie et obsédée par l’ordre. Kesey la montre même, à un moment, avec des fils électriques lui sortant de la tête. Je me mis donc en quête d’un monstre castrateur. Je reçus, un jour, une actrice assez douce du nom de Louise Fletcher. Elle était blonde, mince, polie, avec un physique agréable et un sourire engageant. Ce n’était pas du tout l’infirmière Ratched, mais elle avait quelque chose. Je lui demandai de faire une lecture avec moi, et je découvris soudain, sous la douceur de l’apparence, une dureté et une force de volonté qui semblaient taillées pour le rôle. Je fus surpris de découvrir la nurse Ratched sous l’angélique et si convenable Louise. Mais plus j’y réfléchissais, plus je trouvais cela naturel. Je savais depuis longtemps qu’il valait mieux avoir dans les premiers rôles des gens qui n’ont pas la tête de l’emploi, et le contraire pour les rôles secondaires. Pour des raisons de clarté et d’économie, je préfère donner au public une perception rapide des rôles secondaires en les distribuant à des physiques bien typés, alors que, pour le premier rôle, je trouve plus agréable de découvrir une personnalité qui surprend derrière un physique apparemment facile à déchiffrer, d’éliminer peu à peu les hypothèses erronées, d’être surpris au fur et à mesure qu’on approfondit sa connaissance du personnage. »


Avec ce talent Milos Forman remportera 5 Oscars pour Vol au-dessus d’un nid de coucou: meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure actrice, meilleur scénario, meilleur film et meilleur producteur. En somme, un triomphe.


Olivier Bombarda

 

Fiche technique

Vol au-dessus d’un nid de coucou (One Flew over the Cuckoo’s nest)

États-Unis, 1975, 2h10, couleur, format 1:85

 

Réalisation : Milos Forman

Scénario : Lawrence Hauben, Bo Goldman

Photo : Haskell Wexler

Musique : Jack Nitzsche

Montage : Sheldon Kahn

Production : Michael Douglas, Saul Zaentz

 

Interprètes : Jack Nicholson (Randle Patrick McMurphy), Louise Fletcher (Mildred Ratched), Will Sampson (le Chef indien Bromden), William Redfield (Harding), Brad Dourif (Billy Bibbit), Danny DeVito (Martini), Christopher Lloyd (Taber), Dean R. Brooks (docteur John Spivey)

 

Sortie aux États-Unis : 19 novembre 1975

Sortie en France : 1er mars  1976

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