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Le Voyage fantastique

de Richard Fleischer


Lumière 2010 offrira la possibilité de voir en copie neuve restaurée « Le Voyage fantastique », film flamboyant de science-fiction, en avant-première avant sa ressortie sur les écrans le 20 octobre prochain ; une occasion de s’arrêter sur le talent du cinéaste Richard Fleischer.

 

 

 

 

Le Voyage fantastique
Le Voyage fantastique (1966)

Richard Fleisher, bien au-delà de sa réputation galvaudée d’auteur de superproductions (20.000 lieues sous les mers, Le voyage fantastique, Soleil Vert) ou de "réalisateur-doctor" appelé d’urgence par les producteurs hollywoodiens à sauver tel tournage d’un confrère déméritant, est à la tête d’une filmographie de 45 longs métrages. Disparu récemment (le 25 mars 2006) Richard Fleischer, fils du célèbre producteur d’animation Max Fleischer (Popeye, Betty Boop), avait débuté sa carrière à la RKO après la guerre, profitant du renouveau prodigué par les studios pour attirer le sang neuf de créateurs, chance dont bénéficiera notamment aussi le jeune Nicolas Ray.

Richard Fleischer
Richard Fleischer
Enhardi par une formation d’opérateur à Pathé News, Richard Fleischer tourne plusieurs documentaires et n’attend pas très longtemps pour que la RKO lui confie son premier projet de long métrage, Child of Divorce. Dans la veine des sujets qui préoccupe une Amérique qui se veut moderne en 1946, Child of Divorce étudie les ravages affectifs d’une enfant confrontée à la séparation de ses parents. Coup de maître, le film s’apparente immédiatement à un chef d’œuvre.

 


Plus tard Armored Car Robbery (1950) et The Narrow Margin (1952) s’inscrivent dans la grande tradition du film noir américain avec l’acteur Charles McGrow pour rôle principal : le premier suit la cavale de malfaiteurs après le casse d’une banque, le deuxième avance sur une trame alambiquée, recluse dans le décor unique d’un train express en marche. Dans les deux cas Richard Fleischer affine un style nerveux, dynamique et d’une plasticité imparable. A l’exacte opposé des méthodes de travail d’un Franck Capra, Fleisher préconise des répétitions avec les acteurs jusqu’à plus soif pour atteindre une fluidité de jeu formidable et pour ne souffrir d’aucune hésitation quant au placement de sa caméra. Ce moment détermine dès lors la composition d’une image où l’étrangeté est souvent suggérée par des d’angles insolites, des avants plans mystérieux. Les séquences tournées caméra à l’épaule font preuve d’une nouveauté épatante, d’un ton avant-gardiste étonnant, bien plus proche de l’esthétique du cinéma des années 70 que du classicisme des années 50. L’obsession du rythme comme ligne de mire pousse Fleischer à concrétiser ainsi deux films excessivement brillants qui contribueront à le faire valoir à juste titre comme l’un des cinéastes les plus talentueux d’Hollywood.

Largement repéré, les producteurs lui confient désormais des films à gros budget et les studios Walt Disney n’hésitent pas à le désigner capitaine de leur projet ambitieux à adapter 20.000 lieues sous les mers. Une fois encore Richard Fleischer rempli largement sa mission, séduit le public et les critiques pour un film d’aventure irréprochable.

Engagé par la 20th Century Fox, Fleischer signe plusieurs films mémorables Les Inconnus dans la ville (1955), La Fille sur la balançoire (1955), Le Temps de la colère (1956), il est engagé par Kirk Douglas pour diriger Les Vikings (1958), et tourne Barrabas pour la Columbia en 1962.



Le Voyage fantastique
Le Voyage fantastique (1966)
En 1966 Le Voyage fantastique est un projet pour lui tant la 20th Century Fox ne veut pas prendre de risque de confier le plus gros investissement de son histoire (6,5 millions de dollars) à un amateur.  Pour ce film de science fiction au scénario délirant, il est prévu que la moitié du budget soit dévolue aux décors et aux effets spéciaux. Les studios voulaient un expert ? Ils avaient Richard Fleischer.
 
L’histoire de la mission d’un escadron de chercheurs miniaturisés puis injectés dans le corps d’un professeur atteint d’une lésion à éradiquer, bénéficiera ainsi de toute l’énergie poétique et technique de Fleischer :

« Grâce à mon père, je connais très bien les arts plastiques et cela me passionne d’utiliser certaines techniques qui ressortent moins du cinéma que de la peinture et du dessin. Pour Le Voyage fantastique j’ai travaillé pendant des mois pour obtenir des effets plastiques totalement inédits. Avec mon chef opérateur préféré, Ernest Lazlo, nous avons voulu supprimer les décors et les remplacer par la lumière. Grâce à des matières transparentes et à la mise en scène des jeux de lumières, nous avons obtenu des résultats stupéfiants. »

Le Voyage fantastique
Le Voyage fantastique (1966)
Aux aspects plastiques étourdissants répond une tension nerveuse que le cinéaste parvient à insuffler magistralement, maître du temps et du son comme un horloger suisse. Qu’il s’agisse de l’opération soumise à un délai (soixante minutes auquel cas la miniaturisation ne fera plus effet), du silence qui nimbe certaines scènes (l’équipage qui rétrécit, le sous-marin évoluant dans les artères) ou du bruit d’une paire de ciseaux déclenchant un cataclysme en tombant au sol, la narration joue constamment dans tout les domaines de la juxtaposition de l’infiniment grand et de l’infiniment petit.

Au-delà de l’imagerie endoscopique, l’éblouissement et la perte de repères invitent ainsi le spectateur aux joies d’un psychédélisme inédit, un véritable « trip » hallucinogène dont Richard Fleischer aura été en quelque sorte l’un des précurseurs. 

Douglas Sirk aimait dire qu’ «un bon titre était à lui seul, la moitié de la réussite d’un film » : ici encore Richard Fleischer ne s’y était pas trompé.

Olivier Bombarda


Fiche technique :

Le Voyage fantastique (Fantastic Voyage)
Etats-Unis, 1966, 1h40, couleur, format 2:35
Réalisation : Richard Fleischer
Scénario : Harry Kleiner, David Duncan, Otto Klement, Jay Lewis Bixby   
Assistant à la réalisation : Ad Schaumer
Photo : Ernest Laszlo   
Musique : Leonard Rosenman        
Montage : William B. Murphy        
Décors : Dale Hennesy, Jack Martin Smith        
Effets spéciaux : L.B. Abbott, Art Cruickshank, Emil Kosa Jr., Greg C. Jensen
Costumes : Bruce Walkup, Ollie Hughes
Production : Saul David, 20th Century Fox   

Interprètes : Stephen Boyd (Grant), Raquel Welch (Cora Peterson), Arthur Kennedy (le docteur Peter Duval), Donald Pleasence (le docteur Michaels), William Redfield (le capitaine Owens), Edmond O'Brien (le général Carter), Arthur O'Connell (le colonel Reid), Jean Del Val (Jan Benes), Barry Coe (l'aide en communication), Shelby Grant (l'infirmière),
Edward Binns (le docteur Kenner), Simon Scott (le spécialiste), James Brolin (le technicien), Brendan Fitzgerald (l'opérateur radio), Ken Scott (l'agent des services secrets)

Sortie Etats-Unis : 24 août 1966
Sortie en France : 13 janvier 1967

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